Personne n’aurait parié, en 2003, sur une marque automobile qui ne revendique ni la tradition mécanique ni la modernité techno. Tesla, dès son baptême, déjoue les attentes et refuse les codes convenus de l’industrie. Pas de patronyme clinquant, pas de néologisme publicitaire, mais la reprise assumée d’un héritage scientifique longtemps ignoré. Derrière ce choix, une bataille de papier et d’avocats, bien loin de la simple inspiration du moment, a précédé la conquête du secteur.
Quand l’histoire rencontre l’innovation : l’origine du nom Tesla
Au moment de poser les bases de leur entreprise en 2003, Martin Eberhard et Marc Tarpenning ne se contentent pas de sélectionner un nom pour faire joli sur un capot. Ils cherchent à inscrire leur projet dans la continuité d’une figure majeure de l’électricité : Nikola Tesla. Ce n’est pas seulement une marque ; c’est une déclaration d’intention. Le clin d’œil à l’inventeur dépasse la référence pour devenir un manifeste. Rien n’est gratuit dans ce choix, qui vient rappeler que toute innovation s’appuie sur les épaules de géants.
Alors que la planète automobile carbure encore au pétrole, Eberhard et Tarpenning misent tout sur l’électrique. Le symbole s’impose : Tesla, pionnier du courant alternatif, adversaire d’Edison à la charnière de deux siècles, incarne l’énergie visionnaire et la rupture technologique. L’inventeur des moteurs à induction et de la transmission sans fil inspire toujours les laboratoires du XXIe siècle.
L’identité Tesla s’ancre dans cette filiation. En abandonnant le terme « Motors », la société affirme ses ambitions au-delà de la voiture. Le nom de Nikola Tesla, longtemps effacé par l’histoire officielle, confère à l’entreprise une crédibilité particulière sur le terrain du véhicule électrique. Le constructeur se positionne en héritier revendiqué, puisant dans le passé pour façonner la révolution industrielle en cours.
Pourquoi Nikola Tesla fascine-t-il encore aujourd’hui ?
Il y a des noms qui traversent les époques. Nikola Tesla, génie serbo-américain, reste une figure magnétique pour ingénieurs, inventeurs et entrepreneurs du numérique. L’homme, dont la trajectoire s’est écrite en opposition à Thomas Edison, a laissé une marque indélébile sur le secteur de l’énergie. À la fin du XIXe siècle, c’est son modèle de courant alternatif, défendu avec le soutien de George Westinghouse, qui s’impose, bouleversant la distribution électrique à l’échelle planétaire.
Ce qui frappe, c’est la densité de ses découvertes. Moteur à induction, bobine de Tesla, moteur synchrone : ses inventions irriguent encore la technologie moderne. En cédant ses brevets à Westinghouse, Tesla pose la première pierre de réseaux électriques mondiaux. Sa société, la Tesla Electric Company fondée en 1887, devient le théâtre d’une effervescence rare, à une époque où l’industrie hésite encore sur la direction à prendre.
Nikola Tesla ne se contente pas d’accumuler les brevets. Il explore, anticipe, repousse sans relâche les limites du possible : transmission sans fil, radio, énergies nouvelles. Pourtant, il finit ses jours dans l’anonymat et la précarité, loin de la reconnaissance accordée à Edison. Ce contraste alimente la fascination. Tesla devient une figure tutélaire, l’archétype du savant visionnaire dont l’héritage technique inspire encore aujourd’hui les acteurs de l’électromobilité et de l’innovation.
Elon Musk et la quête d’un symbole pour l’avenir de l’automobile
Lorsqu’Elon Musk injecte ses premiers millions dans Tesla en 2004, il ne s’arrête pas au rôle d’investisseur. Il s’implique, prend la présidence du conseil d’administration, puis la direction générale. À ses côtés, JB Straubel, expert des systèmes énergétiques, rejoint l’équipe fondatrice. Ensemble, ils veulent bouleverser la donne : la voiture électrique ne doit plus être une option, mais la nouvelle norme.
Le choix du nom Tesla prend ici tout son sens. Musk cherche un repère, une bannière, capable d’incarner la rupture. Il lui faut un symbole aussi frappant que le courant alternatif de Nikola Tesla, qui, hier marginal, a fini par devenir universel. C’est ce pari qu’il engage : modifier à la racine les usages et l’industrie, en misant tout sur le progrès technologique.
La gamme s’élargit : du premier Roadster à la Model S, puis Model X, Model 3, Model Y, Cybertruck et Semi. Le constructeur s’impose à l’international, jusqu’à devenir la référence financière du secteur dès 2020. Face à des géants comme BYD ou Xiaomi, la stratégie de Musk allie innovation, maîtrise industrielle et communication offensive. Le message est limpide : l’avenir de la mobilité passera par l’électricité.
Au-delà du nom : l’héritage scientifique dans l’ADN de Tesla
Chez Tesla, la référence à Nikola Tesla ne reste pas un simple ornement. Elle s’incarne dans chaque choix industriel, chaque pari technique. La construction de Gigafactory sur plusieurs continents, souvent en association avec Panasonic, traduit la volonté de maîtriser la production des batteries, pièce centrale de la voiture électrique. Ces usines monumentales reconfigurent la façon de concevoir, assembler et livrer des véhicules électriques à grande échelle.
Le réseau Supercharger matérialise l’engagement à lever les freins à l’adoption de l’électrique. Tesla déploie ses propres stations de recharge rapide : indépendance et accélération au programme. Mais la marque va plus loin : elle investit massivement dans l’intelligence artificielle et l’automatisation. L’Autopilot puis le FSD (Full Self-Driving) sont pensés comme des briques d’un véhicule devenu plateforme logicielle, capable d’accéder demain à la conduite autonome ou au taxi-robotisé.
La diversification de Tesla ne se limite pas à l’automobile. Voici quelques exemples révélateurs :
- Le lancement du robot humanoïde Optimus
- Le développement de solutions en énergie solaire et en stockage stationnaire
- La commercialisation de crédits carbone aux autres constructeurs
Le retrait du mot « Motors » dans le nom de l’entreprise signe la mutation : Tesla s’affirme comme une société technologique à part entière, à la croisée de l’électromobilité, de la robotique et de l’IA. Les synergies se dessinent avec SpaceX ou xAI, abolissant les frontières entre la mobilité, l’énergie et l’univers des données. L’héritage de Nikola Tesla, réinterprété par Elon Musk, continue de façonner l’avenir, bien au-delà du sigle sur le capot. Qui sait jusqu’où ce nom, arraché à l’oubli, propulsera la prochaine révolution technologique ?


